Pourquoi une prévision se trompe, et pourquoi elle se trompera toujours
Ce n’est pas un manque de moyens, ni un défaut de compétence. C’est une propriété mathématique de l’atmosphère, découverte par accident en 1961.
En 1961, le météorologue Edward Lorenz relance une simulation en recopiant des nombres arrondis au millième près. Il s’attend à retrouver le même résultat. Il obtient une météo complètement différente. La découverte du chaos déterministe vient de là — et avec elle, la limite de toute prévision.
Un système déterministe, mais imprévisible
L’atmosphère obéit à des lois parfaitement déterministes : mêmes conditions de départ, même évolution. Le problème n’est pas là. Il est que deux états de départ presque identiques divergent, et que cette divergence croît de façon exponentielle.
Or on ne connaît jamais l’état de départ exactement. Il reste toujours une incertitude — la bouée qui manque, le kilomètre entre deux stations. Cette incertitude double environ tous les deux jours. Au bout de deux semaines, elle a envahi toute la prévision.
La limite est d’environ 15 jours, et elle est théorique : ni un ordinateur plus puissant, ni un réseau d’observation plus dense ne la repousseront beaucoup. On peut gagner en précision à l’intérieur de cette fenêtre — et les progrès sont réels : la prévision à 5 jours d’aujourd’hui vaut celle à 3 jours des années 1990. Mais on ne franchira pas le mur.
Ce que les prévisionnistes font de cette limite
Plutôt que de la nier, ils la mesurent. On ne lance plus une prévision, mais plusieurs dizaines, en perturbant légèrement l’état de départ. Si toutes donnent la même chose, la situation est bien cernée. Si elles divergent, on le sait — et c’est cette dispersion qui devient une probabilité.
« 70 % de risque de pluie » n’est pas une formule prudente. C’est un chiffre mesuré : sur l’ensemble des scénarios simulés, sept sur dix donnent de la pluie.
Les trois erreurs qui n’en sont pas
- « Ils avaient annoncé de la pluie, il n’a pas plu chez moi. » Une averse d’été fait quelques kilomètres. Le modèle annonce qu’il pleuvra dans la maille ; il ne dit pas sur quelle rue. C’est le radar qui répond à cette question, et seulement dans l’heure.
- « La prévision a changé entre hier et aujourd’hui. » C’est le comportement normal, et souhaitable : une nouvelle analyse est arrivée. Un service qui ne changerait jamais d’avis n’assimilerait plus rien.
- « À dix jours, ils annoncent n’importe quoi. » À dix jours, seule la tendance a une valeur — masse d’air chaude ou froide, régime perturbé ou anticyclonique. Le détail horaire n’en a aucune, et ce site le signale explicitement au-delà du septième jour.
Et le climat, alors ?
C’est ici que la distinction avec la météo devient concrète. Prévoir le temps du 12 juillet 2043 est impossible — et le restera. Prévoir que les étés des années 2040 seront en moyenne plus chauds que ceux des années 1990 est un problème entièrement différent, et bien plus simple.
Pourquoi ? Parce qu’on ne demande plus la trajectoire, mais la statistique des trajectoires. On ne peut pas dire à quelle heure une casserole d’eau bouillira à la seconde près, mais on sait sans hésiter qu’en augmentant le feu, elle bouillira plus vite.