Ce que le radar de pluie voit vraiment — et ses angles morts
Le radar ne mesure pas la pluie. Il mesure un écho renvoyé par ce qu’il rencontre, et en déduit une intensité. La nuance explique la plupart de ses erreurs.
Un radar météo émet une impulsion et écoute ce qui revient. Plus l’écho est fort, plus les cibles rencontrées sont grosses ou nombreuses. Une relation empirique convertit cet écho en millimètres par heure.
Tout est dans le mot empirique : la conversion suppose une distribution de tailles de gouttes. Si la distribution réelle diffère — bruine, grêle, neige — l’estimation dérive.
Ses quatre angles morts
- Le faisceau monte. La Terre est courbe et le faisceau part légèrement vers le haut. À 100 km, il survole déjà plusieurs kilomètres d’altitude : il voit ce qui se passe en altitude, pas au sol. Une pluie faible peut s’évaporer avant d’arriver.
- Les masques. Un relief, un immeuble, une éolienne bloquent le faisceau. Derrière, le radar est aveugle — et un secteur aveugle ressemble exactement à un secteur sans pluie.
- La bande brillante. À l’altitude où la neige fond, les flocons se couvrent d’eau et renvoient un écho très fort. Le radar y voit une pluie intense qui n’existe pas.
- Les échos parasites. Oiseaux, insectes, inversions de température qui recourbent le faisceau vers le sol. Les traitements en éliminent la plupart, jamais tous.
Ce que le radar fait mieux que tout le reste. Il est la seule source qui réponde à « est-ce qu’il pleut là, tout de suite, et est-ce que ça vient vers moi ». Aucun modèle de prévision ne descend à cette échelle. C’est pour cela que l’animation compte davantage que l’image fixe : c’est le déplacement qui informe.
Prévision immédiate : pourquoi une heure et pas plus
À partir des dernières images, on extrapole le déplacement des échos. La méthode fonctionne tant que les cellules ne font que se déplacer. Elle échoue dès qu’elles naissent, meurent ou fusionnent — ce qui, pour un orage d’été, arrive en moins d’une heure. D’où la limite affichée partout : au-delà, ce n’est plus de la prévision immédiate, c’est de la divination.