Qu’est-ce qu’une vague de chaleur ? Pourquoi 33 °C est un événement à Brest et pas à Perpignan
Il n’existe pas de seuil universel. Une vague de chaleur se définit par rapport au climat local — et c’est ce qui la rend comparable d’un bout à l’autre du pays.
La question paraît simple : à partir de combien de degrés parle-t-on de vague de chaleur ? La réponse est qu’aucun nombre ne convient — et c’est une bonne nouvelle méthodologique.
Le seuil absolu ne marche pas
Fixons 35 °C pour toute la France. Perpignan dépasserait ce seuil presque chaque été : la « vague de chaleur » y deviendrait la normale. Brest ne l’atteindrait presque jamais : les épisodes qui y provoquent une surmortalité réelle — 32, 33 °C sur plusieurs jours, dans un bâti et une population non adaptés — disparaîtraient purement et simplement des statistiques.
Or c’est là que les vagues de chaleur tuent le plus : là où elles sont rares, donc là où rien n’y est préparé.
La définition retenue : le 90e percentile local
L’approche normalisée par l’ETCCDI — l’équipe d’experts de l’OMM qui définit les indices climatiques — consiste à comparer chaque journée à la distribution locale :
Une vague de chaleur = au moins trois jours consécutifs dont la température maximale dépasse le 90e percentile des maximales estivales de la période de référence, pour ce lieu.
Autrement dit : trois jours d’affilée parmi les 10 % les plus chauds que ce lieu connaisse. Le seuil est de 31,8 °C à Lyon, il serait plus bas à Brest et plus haut à Perpignan — et les deux décriraient le même degré d’exception.
Durée, intensité : deux épisodes ne se valent pas
Deux vagues de sept jours peuvent être très différentes. L’une dépasse le seuil d’un degré, l’autre de six. C’est pourquoi ce site publie l’intensité cumulée : la somme des dépassements du seuil sur toute la durée de l’épisode, exprimée en degrés-jours.
C’est ce chiffre qui explique pourquoi août 2003 reste, dans la plupart des communes françaises, l’épisode de référence — non par sa pointe, souvent dépassée depuis, mais par la combinaison durée × écart.
Ce qui rend une vague de chaleur dangereuse
Ce n’est presque jamais la maximale de l’après-midi. Ce sont deux autres facteurs :
- La minimale nocturne. Un corps humain récupère la nuit. Une nuit tropicale — minimale au-dessus de 20 °C — l’en empêche. Une succession de nuits tropicales est le meilleur prédicteur de surmortalité, et c’est l’indice qui progresse le plus vite en France.
- La durée. Trois jours n’ont pas l’effet de dix. Les organismes, les bâtiments et les réseaux ont une inertie thermique : ils encaissent puis saturent.
C’est la raison pour laquelle la rubrique Indices de ce site suit les nuits tropicales aussi attentivement que les journées chaudes.
Vague de chaleur, canicule, vigilance : trois mots distincts
Une vague de chaleur est une notion climatologique, définie statistiquement — c’est celle employée ici. Une canicule, au sens du dispositif sanitaire français, repose sur des seuils départementaux de température diurne et nocturne, définis par Santé publique France. La vigilance est une décision de l’autorité publique, qui relève de Météo-France seule. Ce site ne produit ni canicule ni vigilance : il décrit des épisodes, et le dit.