L’évapotranspiration : le chiffre qui manque quand on ne parle que de pluie
Deux communes reçoivent 800 mm par an. L’une est verte, l’autre sèche. La différence ne se lit pas dans le pluviomètre : elle se lit dans la demande de l’atmosphère.
On mesure la pluie depuis toujours, parce qu’elle se voit et se recueille. Mais l’eau qui arrive ne dit que la moitié de l’histoire. L’autre moitié est celle qui repart : évaporée du sol, transpirée par les plantes.
ET0 : la soif de l’atmosphère
L’évapotranspiration de référence, ou ET0, est la quantité d’eau qu’un couvert végétal de référence — un gazon ras, bien alimenté — perdrait dans les conditions du jour. Elle s’exprime en millimètres, comme la pluie, ce qui permet de les soustraire directement.
Elle dépend de quatre facteurs : le rayonnement solaire, la température, le déficit d’humidité de l’air et le vent. Ce n’est donc pas « la chaleur » : un jour venteux et sec à 22 °C peut assécher davantage qu’un jour calme et humide à 30 °C.
Bilan hydrique = pluie − ET0. Positif, le sol se recharge. Négatif, la demande dépasse l’apport et la réserve s’épuise. C’est ce chiffre, et non le cumul de pluie, qui dit si un lieu s’assèche.
Pourquoi le réchauffement assèche même sans baisse de pluie
C’est le point le plus contre-intuitif de la question. L’air plus chaud peut contenir davantage de vapeur d’eau — d’environ 7 % par degré. Sa capacité d’assèchement augmente donc mécaniquement, indépendamment de ce qui tombe.
Sur beaucoup de communes françaises, les précipitations annuelles n’ont pas de tendance statistiquement significative depuis 1950, tandis que le bilan hydrique, lui, se dégrade nettement. Regarder le seul pluviomètre fait manquer l’essentiel.
Les limites du chiffre
L’ET0 est une demande, pas une consommation réelle. Elle suppose une eau disponible sans limite. En situation de sécheresse, la plante ferme ses stomates et transpire moins : l’évapotranspiration réelle tombe sous l’ET0. Le bilan hydrique climatique ignore par ailleurs le ruissellement, la réserve utile du sol et la nature du couvert. C’est un indicateur de climat, pas un état de nappe.