Une projection climatique n’est pas une prévision — et c’est ce qui la rend utile
Personne ne peut dire le temps du 12 juillet 2043. Tout le monde peut dire que les étés des années 2040 seront plus chauds. Ce n’est pas une contradiction : ce sont deux questions différentes.
« Vous n’êtes pas fichus de prévoir la semaine prochaine et vous prétendez savoir en 2050. » L’objection revient constamment, et elle mérite une vraie réponse plutôt qu’un haussement d’épaules — parce qu’elle repose sur une intuition raisonnable.
Deux questions qui n’ont rien à voir
Prévoir le temps, c’est un problème de conditions initiales : partant de l’état exact de l’atmosphère aujourd’hui, où sera la dépression jeudi ? L’erreur de départ double tous les deux jours, et le mur tombe vers quinze jours.
Projeter le climat, c’est un problème de conditions aux limites : si l’on modifie durablement le bilan énergétique de la planète, vers quel équilibre statistique le système se déplace-t-il ? L’état de l’atmosphère aujourd’hui n’a aucune importance dans cette question.
L’analogie qui tient. Je ne peux pas dire quel numéro sortira au prochain lancer de dé. Je peux affirmer sans risque que sur mille lancers, chaque face sortira environ 167 fois. Et si l’on ajoute du plomb sous le six, je peux dire dans quel sens la distribution va se déformer — sans savoir davantage ce que donnera le prochain lancer.
Ce qu’une projection contient réellement
Une projection n’est pas une trajectoire, mais une famille :
- Un scénario d’émissions, qui est une hypothèse sur les sociétés humaines et non un résultat scientifique. Les projections ne prédisent pas nos choix ; elles en explorent les conséquences.
- Plusieurs modèles, qui ne s’accordent pas exactement. Cet écart est une information, pas un défaut : il mesure ce que la science ne sait pas encore trancher. C’est pourquoi ce site en interroge deux et publie leur dispersion plutôt que d’en moyenner le résultat en silence.
- Une variabilité naturelle qui continue d’exister. Dans un climat plus chaud, il y aura encore des années fraîches — elles seront seulement plus rares.
Ce qu’il faut lire, et ce qu’il ne faut pas lire
Une projection annonçant 34 °C le 12 juillet 2043 ne prétend rien sur ce jour. Le modèle a produit une année plausible parmi beaucoup d’autres. Ce qui a du sens, ce sont les moyennes de décennie et les changements de fréquence : combien de jours au-dessus de 30 °C dans les années 2040 contre les années 1990.
La référence française, et pourquoi ce site y renvoie
Les projections servies ici viennent de modèles CMIP6 descendus à maille fine et donnent un ordre de grandeur utile. Elles ne remplacent pas DRIAS, le portail de Météo-France qui met à disposition les projections régionalisées de référence pour la France : ensemble plus large, descente d’échelle adaptée au relief français, scénarios documentés.
Un site qui laisserait croire qu’il s’y substitue tromperait ses lecteurs. Celui-ci renvoie vers DRIAS partout où il affiche une projection, et vous gagnerez à consulter les deux.