D’où viennent les +1,1 °C affichés sur votre commune
Le chiffre ne sort pas d’un modèle ni d’une projection. Il sort d’une soustraction entre deux moyennes de trente ans. Voici la chaîne complète, et ses limites.
Quand la fiche climat de votre commune annonce que la température moyenne a gagné un peu plus d’un degré, il n’y a derrière ce nombre ni modèle du futur ni hypothèse : seulement une série de mesures et une soustraction. Le détail mérite d’être connu, parce qu’il contient aussi les limites du chiffre.
1. La source : une réanalyse, pas une station
Les chiffres viennent d’ERA5, la réanalyse du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme. Une réanalyse consiste à faire tourner un modèle météo moderne sur tout le passé, en lui injectant à chaque pas de temps toutes les observations disponibles à l’époque.
L’avantage est décisif : on obtient une couverture uniforme du territoire, y compris là où aucune station n’a jamais existé, et une cohérence physique entre les variables. L’inconvénient l’est tout autant : ce n’est pas une mesure. C’est la meilleure reconstitution possible, à une maille d’environ 25 km.
Ce que cela implique concrètement. Les « records » affichés sur ce site sont ceux de la maille, pas ceux homologués par Météo-France pour un poste de mesure. En montagne notamment, l’altitude du point de grille peut différer de plusieurs centaines de mètres de celle de votre commune — c’est pourquoi le site publie cette altitude sous chaque fiche.
2. Le calcul : deux moyennes, une soustraction
On calcule la température moyenne annuelle sur 1961-1990, puis sur 1991-2020, et on soustrait. Rien de plus. Le chiffre obtenu n’est pas une tendance extrapolée : c’est l’écart constaté entre deux périodes de trente ans, toutes deux entièrement passées.
3. La tendance : trois précautions
Pour aller au-delà et donner un rythme — « +0,29 °C par décennie » — ce site applique trois traitements que peu de services grand public affichent :
- La régression linéaire donne la pente moyenne, et son R² dit quelle part de la variance elle explique. Une pente sans R² se cite comme un fait alors qu’elle peut n’expliquer que 3 % de ce qui se passe.
- La pente de Sen — la médiane des pentes deux à deux — est insensible aux années extrêmes. Les séries climatiques en contiennent : 2003, 2022. Quand les deux estimations se rejoignent, la tendance ne tient pas à un accident.
- Le test de Mann-Kendall répond à la seule question qui compte : cette pente est-elle distinguable du hasard ? Si la réponse est non, ce site l’écrit et ne trace aucune droite sur le graphique. Une droite tracée sur une série sans tendance donne à voir une pente que les données ne portent pas — c’est la faute la plus fréquente des graphiques climatiques grand public.
Pourquoi votre commune peut différer de la moyenne française
Le réchauffement n’est ni uniforme dans l’espace, ni réparti également sur l’année. Les minimales montent plus vite que les maximales. Les nuits se réchauffent plus que les jours. Les zones urbaines cumulent le signal climatique et l’îlot de chaleur — que la maille de 25 km ne voit d’ailleurs qu’imparfaitement. Et l’altitude, la continentalité, la proximité de la mer modulent tout cela.
C’est précisément pour cela qu’une fiche par commune vaut mieux qu’une carte nationale : la moyenne française ne décrit personne.